Negar Mottahedeh

« Lumière unique : cinéma et spiritualité islamique »

Résumé : Le verset de Lumière du Coran se tient au seuil de mes méditations sur la relation entre la spiritualité islamique et le cinéma. Il se lit ainsi : « Allah est la Lumière des cieux et de la terre; sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. » Lumineuse et présente, enregistrée et médiée, plusieurs interprétations de ce verset disent de l’empreinte de la lumière sur le sensorium humain qu’elle affecte l’essence même de ce qui est humain, l’âme humaine. Seyyed Hossein Nasr écrit à propos de notre relation à la lumière que « l’âme du musulman, et en fait l’humain primal dans chaque être humain, tend vers la lumière qui est ultimement le symbole de la présence divine »[1]. À ceci, un commentateur Soufi ajoute, à propos du corps sensoriel et de l’âme, que « l’accès à ce par quoi notre âme devient savante commence par les sens ; tant que nous ne percevons pas les choses sensibles – le visible, l’audible, le sapide, l’odorant et le tangible – la connaissance est hors de notre portée »[2]. En somme, c’est le sensorium humain baigné de lumière qui facilite la présence des croyants à la connaissance de la lumière divine. L’impact du cinéma sur les sens en tant que médiateurs de la présence lumineuse du Divin dans ses jeux de lumière doit être considéré au cœur de toute discussion sur la spiritualité islamique.

Ces premiers principes sur la lumière, l’âme et les sens se posent au seuil de mes considérations sur le cinéma en tant que jeu de lumière et d’ombre, et sur les conséquences de ce jeu, qui fait clairement partie du dessin de l’architecture sacrée, pour une spiritualité islamique. Ma lecture approfondie de scènes tirées de Pari de Dariush Mehrjui (Iran, 1995) se plongera dans les intimités de ce désir humain de lumière dans l’Islam et de la relation du cinéma avec celui-ci.

[1] Seyyed Hossen Nasr. Islamic Art and Spirituality. Albany: State of New York Press, 1987, 50.

[2] Laleh Bakhtiar. Sufi: Expressions of the Mystic Quest. London: Thames & Hudson, 1976, 19.

Biographie : Mottahedeh est une critique culturelle et théoricienne du cinéma qui se spécialise dans les contributions interdisciplinaires et féministes au sein des champs des études moyen-orientales et des études cinématographiques. Elle est connue pour son travail sur le cinéma iranien, mais a aussi publié des travaux sur l’histoire de la réforme et de la révolution, le bábisme, l’histoire de l’art qajar, les traditions performatives en Iran, l’histoire de la technologie, la théorie visuelle, et le rôle des médias sociaux dans le mouvement lié aux élections en Iran, en 2009-2010. Elle a obtenu son doctorat en 1998 à l’université du Minnesota. Elle a enseigné à la Ohio Wesleyan University à Delaware, en Ohio, au Pratt Institute à Brooklyn, et a commencé à enseigner en 2002 à l’université Duke, où elle est professeure associée au programme de littérature et au programme de Women’s Studies. Elle a produit deux monographies : Displaced Allegories : Iranian Post-Revolutionary Cinema et Representing the Unpresentable: Historical Images of National Reform from the Qajars to the Islamic Republic of Iran. Son ouvrage intitulé Abdu’l-Bahá’s Journey West : The Course of Human Solidarity a été publié en avril 2013.