Natalie Bookchin

« Long Story Short »

Résumé : Je vais discuter et présenter certaines parties de mon projet, Long Story Short, qui est à la fois un film, une installation et un site Web interactif. Le projet est lié à une archive de 75 reportages vidéo réalisés par des résidents à très faible revenu du Nord et du Sud de la Californie, qui décrivent, pensent et analysent les effets de la pauvreté sur leurs vies, leurs familles et leurs communautés. Au lieu d’un seul narrateur, il y en a des dizaines dont les voix se superposent. Les narrateurs semblent parfois parler à l’unisson, évoquant ainsi l’ampleur et la multiplicité de la pauvreté, et imaginant des collectifs et des corps sociaux qui n’existent peut-être pas encore, ou seraient difficiles à voir dans un seul journal vidéo. Ces journaux ont été filmés avec des webcams et des ordinateurs portables, technologies – la haute technologie et le numérique – qui sont souvent à l’origine de difficultés pour les travailleurs peu qualifiés et leurs familles. Ici, ces outils amplifient leurs voix. L’installation s’inspire de l’un des aspects les plus prometteurs de la culture de réseau et des médias sociaux – le déplacement de l’attention vers des voix multiples au lieu d’une voix unique, l’expansion de celui ou celle qui parle en public et de notre compréhension de ce qu’est l’expertise. Pourtant, la participation dépend de l’accessibilité, et la visibilité, de la consécration publique et populaire (les likes, les clics, les partages, les remixes). Long Story Short représente ceux qui sont le plus souvent mal représentés ou invisibles sur nos écrans. L’œuvre réinvente un médium plus social et explore la façon dont les représentations de la pauvreté et de l’inégalité peuvent bénéficier des modes actuels de mobilité numérique et de l’image, de la diffusion et de l’exposition, tout en y portant un regard critique.

Biographie : le travail de Natalie Bookchin aborde les ramifications sociales, politiques et esthétiques de la connectivité de masse et les effets du tout numérique sur nos identités, nos désirs, ainsi que les vérités que nous racontons sur nous-mêmes et sur le monde. Son travail « détourne » la technologie, les plates-formes commerciales et les médias, utilisant l’Internet comme site pour des interventions artistiques, s’appropriant des images de caméras de surveillance trouvées lors de bugs inattendus des moteurs de recherche pour documenter les paysages mondiaux, et produisant des récits collectifs à partir d’expressions individuelles isolées circulant sur YouTube. Le travail de Bookchin a fait l’objet de plusieurs textes et publications, et a été projeté et exposé notamment au LACMA, à PS1, au Mass MOCA, au Walker Art Center, au Centre Pompidou, au MOCA Los Angeles, au Whitney Museum, à la Tate Gallery, et à Creative Time. Elle a reçu de nombreux prix et bourses, de Creative Capital, du Conseil des arts de Californie, de la Fondation Guggenheim, de la Fondation Rockefeller, et, plus récemment, de la Fondation MacArthur. Bookchin est professeure à l’École d’art à CalArts depuis 1998. Elle enseigne présentement les arts médiatiques au Département d’arts visuels de la Mason Gross School of the Arts à Rutgers University.