Daphne Brooks

« Moteurs de modernité : femmes sonores noires sur la route »

Résumé : Cette présentation explore la politique de la race, du genre, de la sexualité, de la région et de l’automobilité dans la culture de la musique populaire, et s’attache aux œuvres de trois femmes sonores noires du siècle précédent radicalement différentes : Zora Neale Hurston, Mary Lou Williams et Etta James. La conférence se penchera sur la façon dont chacune de ces artistes s’est inspirée des concepts de technologies automobiles pour concevoir leurs esthétiques sonores respectives, ainsi que sur une politique radicale de la féminité noire qui a constamment perturbé, avec beaucoup d’imagination, les contraintes du patriarcat de Jim Crow.

Hurston émerge étonnamment comme une des premières figures dans les histoires d’automotivité sonore des femmes noires. Ma présentation révèle les façons dont Hurston déployait le chant, les enregistrements sonores et les performances live comme moyen d’archivage de la musicalité du « folk noir » dans ses expéditions automobiles. Ses propres enregistrements musicaux mettent en valeur la façon dont elle s’appuyait sur les nouvelles technologies pour façonner la voix d’une femme noire de la sphère publique à l’encontre des distinctions classiques de race, de sexe et de classe.

Parallèlement à Hurston, la pianiste et compositrice d’avant-garde Mary Lou Williams, mouvante et farouchement indépendante, s’est lancée sur la route des changements dans la culture du jazz, de l’ère du swing au be-bop et aux compositions pour orchestre de salles de concerts. Williams était un électron libre dans le Manhattan en ébullition des années 1940, et mon travail s’appuie sur celui de Griffin pour examiner la façon dont les histoires de Williams dans Melody Maker – sur le temps passé en voiture entre deux concerts, sur les petites routes à travers les États avec sa belle-mère à la remorque, prenant héroïquement le rôle du mécanicien pour sauver leur voyage – ont eues une influence sur la complexité technique et la composition de son style plein de swing (dans des chansons comme Nightlife et Drag ’Em) ainsi que sur ses expérimentations intrépides en be-bop manipulant le trope du changement de vitesses.

La dernière partie de la présentation abordera l’ère du rock-and-roll avec Etta James, riot grrrl rebelle qui a grandi en Californie dans les années 1950 en parcourant l’autoroute I-5 dans tous les sens. Si la légende des débuts du rock-and-roll est intrinsèquement liée à la notion de vitesse et de furie de la culture adolescente en émergence, et à la liberté de mouvement mythique de la « Nouvelle frontière » fournie par les sons de la Grande Migration afro-américaine, montés sur leurs nouvelles transitions, les mémoires de James, Rage to survive, encapsulent toutes ces turbulences et nous suggèrent comment elle a traduit l’instabilité de la vie sociale américaine du milieu du siècle en sons euphoriques.

Biographie : Daphne A. Brooks a récemment rejoint l’équipe professorale du département d’études afro-américaines, de théâtre et d’études américaines à l’université de Yale. Auparavant, elle était professeure d’anglais et d’études afro-américaines à l’université de Princeton, où elle a donné des cours en littérature et culture afro-américaines, en études de la performance, en études critiques du genre, et en culture de la musique populaire. Elle est l’auteure de deux livres : Bodies in Dissent: Spectacular Performances of Race and Freedom, 1850-1910 (Durham, NC: Duke University Press), lauréat du Errol Hill Award pour une bourse exceptionnelle sur la performance afro-américaine de l’American Society for Theatre Research et Jeff Buckley’s Grace (New York: Continuum, 2005). Brooks travaille actuellement sur un nouveau livre intitulé Subterranean Blues: Black Women Sound Modernity (Harvard University Press, à paraître). Elle est l’auteure de nombreux articles sur la race, le sexe, la performance et la culture de la musique populaire comme Nina Simone’s Triple Play dans Callaloo ; This Voice Which Is Not One: Amy Winehouse Sings the Ballad of Sonic Blue(s)face Culture dans Women and Performance ; The Write to Rock: Racial Mythologies, Feminist Theory, and the Pleasures of Rock Music Criticism dans Women and Music ; ainsi que All That You Can’t Leave Behind: Surrogation & Black Female Soul Singing in the Age of Catastrophe dans Meridians. Brooks est également l’auteure des notes de pochette de The Complete Tammi Terrell (Universal A&R, 2010), vainqueur en 2011 du ASCAP Deems Taylor Award pour sa composition exceptionnelle, et de Take a Look: Aretha Franklin Complete on Columbia (Sony, 2011).