Annette Hoffmann

L’auscultation de la culture : enregistrements sonores et production du savoir

Résumé : Des éclats sonores se cachent parmi les décombres des projets de production du savoir impérial : des enregistrements de chansons, d’histoires, de récits et d’échantillons grammaticaux de langues non européennes, produits afin de servir de matériaux pour l’étude de la musique, des langues et des cultures de la fin du 19ème siècle. L’interception de pratiques et stratégies de conservation différentes – celles des archives et des répertoires – retentit dans ces enregistrements sonores, qui sont devenus des objets pour l’étude de la culture et de ses représentations, mais ont également conservé des fragments d’autres savoirs, historiologies, commentaires et critiques. La Lautarchiv de Berlin détient la documentation acoustique et écrite d’un projet d’enregistrement massif, une « auscultation culturelle » à grande échelle : des prisonniers de la Première Guerre Mondiale internés dans des camps allemands, enregistrés afin de créer une archive de langues. Mon exposé propose une introduction à l’écoute et la lecture de ces collections acoustiques, ainsi que des exemples d’enregistrements de prisonniers africains de la Première Guerre Mondiale tirés de la Lautarchiv de Berlin. Si ceux-ci sont devenus des objets de recherche anthropologique, ils étaient aussi des orateurs articulant leurs impressions de la guerre et de la captivité dans les camps d’Allemagne. Bien que le projet de la Lautarchiv, par son échelle comme par son approche systématique, soit exceptionnel, son archive offre aussi un exemple caractéristique des méthodes et procédés d’archivage acoustique des langues et de la musique en tant qu’objets d’études, et nous pose ainsi face à une série de questions sur le statut de la voix enregistrée et de l’archivage sonore, ainsi que la valeur historique des archives (spécifiquement) sonores.

Biographie : Anette Hoffman est chercheuse senior de la « Archive and Public Culture Initiative » à l’Université du Cap (Afrique du Sud), où elle se concentre sur les archives sonores depuis quelques années. Elle travaille actuellement sur une série d’enregistrements sonores historiques effectués auprès de prisonniers africains de la Première Guerre Mondiale, tirée de la Lautarchiv à Berlin. Elle a commissarié l’exposition intitulée What we see, qui s’intéresse à des enregistrements de voix tirés d’un projet anthropométrique de 1931 en Namibie, et a été présentée au Cap et à Bâle, Vienne, Osnabrück, Berlin et Windhoek. La publication qui accompagne l’exposition, What We See. Reconsidering an Anthropometric Collection from Southern Africa: Images, Voices, and Versioning, a été publiée en 2009. Hoffman a aussi écrit des articles traitant de collections sensibles de musées et d’archives (Berner/Hoffmann/Lange. Sensible Sammlungen. Aus dem Anthropologischen Depot, 2012) et créé (avec Regina Sarreiter, Andrea Bellu et Matei Bellu) l’installation sonore/textuelle intitulée Unerhörter Bericht über die deutschen Verbrechen in den kolonisierten Gebieten und über das fortwährende Wirken der Gewalt bis in die Gegenwart, basée sur ses recherches et présentée au sein de l’exposition Acts of Voicing à Stuttgart ainsi que dans His Master’s Voice: On Voice and Language à Dortmund (2012/13).